mardi 18 novembre 2014

Ethan Frome d'Edith Wharton

Avant-propos : En fait, ce n'est pas une lecture récente (elle date de mars), mais je n'en avais pas parlé sur le blog. Comme je suis en train de lire Chez les heureux du monde, j'ai eu envie d'évoquer Ethan Frome, surtout que ces personnages me hantent encore près de 6 mois après ma lecture.
Je l'ai lu dans la version traduite par Julie Wolkenstein sortie chez POL cette année.

Mon résumé : Dans un petit village de la Nouvelle-Angleterre, un narrateur anonyme raconte son arrivée à Starkfield et sa rencontre avec l'énigmatique Ethan Frome dont il va découvrir le destin.

Mon avis : J'ai adoré la description des paysages de la Nouvelle-Angleterre, de cette nature âpre où la neige recouvre tout. Je ne suis pas une adepte du déterminisme géographique (les paysages influent sur les habitants), mais je trouve qu'il sied particulièrement bien à cette histoire. L'opposition entre la blancheur du paysage et la noirceur du destin d'Ethan accentue l'idée de tragédie.

Ethan m'a tout de suite plu. C'est un taiseux, blessé par la vie, psychologiquement et physiquement. Le fait de le voir au travers des yeux du narrateur qui l'apprécie nous le rend sympathique aussi.

Edith Wharton excelle dans l'art du non-dit. Ce n'est pas Ethan qui nous raconte son histoire, on ne sait jamais vraiment ce que pense sa femme, (à part dans une seule phrase qui nous est livrée), on ne saura jamais vraiment ce qu'il s'est passé pendant la vingtaine d'années entre l'accident (annoncé dès les départ) et la rencontre avec le narrateur.

Le triangle amoureux qui se met en place n'est pas traditionnel dans le sens où je n'ai pas l'impression qu'Ethan et Mattie soient "réellement" amoureux. Je pense qu'ils en sont persuadés, mais que c'est plus un amour de circonstance, dû à la profonde solitude qui les étreint et au fait que leurs rêves aient été brisés. Ils se raccrochent alors à la seule personne qui leur accorde un peu de sympathie et de réconfort.

Wharton est  l'un des rares auteurs qui arrivent à m'émouvoir avec de minuscules gestes (un frôlement de mains dans Le temps de l'innocence) comme ici quand Ethan embrasse le bord de l'ouvrage de Mattie alors qu'il ne rêve que de l'embrasser elle.

Et que dire de la fin ? Alors que tout semble jouer dès le départ : on sait qu'il y a eu un accident, on sent bien toute l'attirance d'Ethan pour la cousine de sa femme, Edith Wharton a réussi à me surprendre 2 fois. Tout d'abord au moment de l'accident qui ne se déroule pas du tout de la façon dont j'imaginais. Mais surtout, lors de la révélation finale lorsque l'on comprend à quel point le destin a été cruel avec Ethan.

Le début m'a particulièrement fait penser aux Hauts de Hurlevent (un narrateur étranger aux lieux qui raconte une histoire, influence de la nature sur les êtres, violence psychologique et même la scène de bal où Ethan observe Mattie par la fenêtre). Mais, il n'y a pas autant de violence physique et Ethan n'est pas un acteur de cette violence, mais au contraire, il est totalement démuni et résigné face à son destin.

En quelques mots : Loin du glamour de la Cinquième Avenue, Edith Wharton nous livre un récit âpre et tragique. Le destin d'Ethan Frome est cruel et bouleversant. Un de mes coups de coeur de l'année !


lundi 17 novembre 2014

Murder your darlings de JJ Murphy (Dorothy Parker, Tome 1)


Avant-propos : J'avais repéré ce livre sur goodreads il y a déjà un moment et une animation de Whoopsy Daisy autour des années 20 m'a donné envie de m'y plonger. 
De plus, j'ai appris (avec surprise) qu'il allait sortir en France, le 6 février 2015 chez Baker Street sous le titre "Petits jeux de meurtres entre amis". 
Comme dans d'autres série de livres, la personne qui va jouer les détectives est un auteur célèbre. Ici, c'est Dorothy Parker qui mène l'enquête.

Mon résumé : Un meurtre a été commis à la célèbre table de l'Algonquin où Dorothy Parker et ses amis du "Cercle Vicieux" se réunissent tous les jours pour manger. Les soupçons se portent rapidement sur un jeune auteur fraîchement débarqué du sud des Etats-Unis que Dorothy a pris sous son aile, un certain Billy Faulkner...

Mon avis : Le point fort du livre est les réparties spirituelles (le fameux "wit") de Dorothy Parker et de ses amis. Je ne connais pas bien Dorothy Parker donc je ne peux pas vraiment dire si elles sont fidèles ou pas, mais en tout cas pour beaucoup, elles font mouche. Par exemple, au début du livre, elle fait tourner en bourrique un inspecteur de police en jouant sur ce qu'elle a dit.

L’atmosphère des années 20 est plutôt bien retranscrite. Nous sommes à New-York au temps de la Prohibition avec ses bars clandestins (les speakeasy) et ses gangsters. Les éditeurs et chroniqueurs sont extrêmement lus et peuvent faire le succès (ou l'échec) d'une pièce de théâtre ou d'un livre. Dans les couloirs de l'Algonquin, on croise des stars de cinéma comme Douglas Fairbanks ou Harpo Marx.

William Faulkner arrive à New-York dans le but de découvrir sa voie(x). Il veut rencontrer Dorothy Parker pour bénéficier de ses conseils. Le côté un peu pataud, un peu sudiste et un peu déplacé de William Faulkner est assez touchant (même s'il sait aussi faire preuve de répartie). Le moment où il va trouver sa voix est particulièrement bien écrit, je ne sais pas si c'est un extrait d'un de ses textes (mais je pense que cela aurait été précisé), en tout cas, on voit bien que le style est totalement différent de ce qu'on a lu dans le reste de l'ouvrage.

Le meurtre est assez original puisque il est commis à l'aide d'un stylo-plume (je me suis d'ailleurs demandée si c'était vraiment possible de tuer quelqu'un avec cet objet^^).
La scène finale qui se déroule dans une imprimerie après une course-poursuite dans les rues de New-York, est assez réussie (même si elle n'est pas totalement crédible). On se laisse emporter dans un tourbillon d'événements et surtout elle a quelque chose de très visuel, on imagine très bien qu'elle puisse être adaptée au cinéma.

A la fin, l'auteur rétablit certains faits en expliquant ce qu'il a modifié pour les besoins de la fiction ce que j'apprécie toujours. Par exemple, il précise que si Faulkner est allée à New-York dans les années 20, il n'a rencontré les membres du Cercle que dans les années 30. De manière beaucoup plus anecdotique, on apprend que le speakeasy de Tony Soma a été rasé en 1930 pour laisser place au mythique Rockfeller Center !

Il y a quand même quelques éléments qui m'ont dérangée. Tout d'abord, l'auteur prête à Dorothy Parker des sentiments amoureux pour Robert Benchley, alors que visiblement ils partageaient juste une profonde amitié (ce qui aurait à mon avis était plus intéressant qu'une pseudo-intrigue amoureuse).
Ensuite, il est assez facile de trouver le coupable, ce qui est souvent le cas dans ce genre de livres où le but est surtout de faire revivre une époque et un auteur.
Ce qui m'a le plus dérangée, c'est surtout que les membres du Cercle sont assez méchants entre eux. C'est un humour assez tranchant et parfois je me demandais pourquoi ils déjeunaient tous les jours ensemble si c'était pour se balancer toutes ces critiques ou se jouer perpétuellement des tours. Par exemple, ils prennent continuellement Harold Ross pour un idiot, notamment quand il leur propose son idée de créer un magazine pour les New-yorkais...qui deviendra évidemment le New-Yorker ! Cela rend parfois les protagonistes antipathiques.

En quelques mots : Malgré les critiques que j'ai émises, le livre m'a donné envie de découvrir les écrits Dorothy Parker et de William Faulkner, je pense donc qu'il a atteint son but ! Je lirai peut-être la 2e aventure de Dorothy Parker (c'est une série) car certaines réparties étaient vraiment très drôles.






mardi 28 octobre 2014

Les fourberies de l'amour de Georgette Heyer

Avant-propos : J'ai déjà lu 2 Georgette Heyer (que je n'ai pas chroniqués) : Cotillon dont j'ai adoré l'humour quasi-wodehousien et Coeur indécis que j'ai trouvé nettement en-dessous du précédent. J'attendais donc ce nouvel opus (sorti vendredi) avec impatience pour savoir si j'allais apprécier cette histoire ou laisser tomber cette auteure.

Mon résumé : Christopher Fancot, dit Kit, rentre en catastrophe à Londres. Il a l'impression qu'il est arrivé quelque chose à son jumeau Evelyn. Effectivement, sa mère lui confirme qu'elle est sans nouvelle de son frère depuis plusieurs jours. Evelyn a disparu alors qu'il était parti pour tenter de régler les dettes de sa mère. La situation est d'autant plus inquiétante qu'Evelyn doit assister le lendemain à son dîner de fiançailles. Il va être officiellement présenté à la grand-mère de sa fiancée. L'accord de la douairière est l'une des conditions sine qua non  du mariage entre Evelyn et Cressida. S'il ne revient pas, les fiançailles seront annulées. Or, Evelyn rêve de se marier car cela permettrait de lever la tutelle financière imposée par son oncle qui l'empêche de disposer à sa guise de sa fortune et en particulier de payer les dettes de sa mère. Kit dit sur le ton de la plaisanterie qu'il pourrait se faire passer pour son frère. Sa mère le prend au mot et voilà que Kit se prépare à assister au dîner de fiançailles à la place de son frère...

Mon avis : Même si le point de départ semble abracadabrantesque, tout l'art de Georgette Heyer est de nous présenter des situations relativement crédibles soutenues par des dialogues enlevés et des personnages hauts en couleur.
Le héros, Kit, est très sympathique et on espère à chaque fois qu'il se sorte des situations compliquées dans lesquelles il se trouve plongé par la disparition de son frère.
L'héroïne, Cressida, n'est pas en reste. Elle s'est résolue à faire un mariage de raison parce que son père s'est remarié avec une femme de l'âge de sa fille. Cressida à l'impression d'être devenue une étrangère dans sa propre maison alors qu'elle la dirigeait seule depuis la mort de sa mère et voir dans le mariage un moyen de redevenir indépendante.
Les personnages secondaires sont très drôles à commencer par Lady Denville, la mère des jumeaux, femme totalement incapable de gérer son argent, souvent inconséquente dans ses propos, qui entretient une cour de gentlemen toujours à sa disposition pour satisfaire ses moindres caprices. Elle pourrait être un personnage très énervant mais Georgette Heyer réussit à nous la rendre sympathique malgré ses défauts.
Son premier chevalier servant, Sir Bonamy, qui ne cesse de dire qu'il est resté célibataire toute sa vie car il n'a pas pu l'épouser, est très sympathique. Ce qu'il va lui arriver à la fin de l'ouvrage fait partie des scènes les plus drôles du livre.
Le personnage de Lady Stavely, douairière acariâtre au grand cœur bien caché sous une tonne de remarques sarcastiques est un grand classique, mais ce type de seconds rôles fonctionne toujours très bien.
On peut ajouter à ceux-là, un certain nombre de cousins moralisateurs et de domestiques à la langue bien pendue.
Même si le contexte historique n'est évidemment pas le sujet principal du livre, Georgette Heyer fait  plusieurs allusions sympathiques à la politique de l'époque (Kit vit à Vienne car il a participé au Congrès éponyme qui a vu les principales puissances redécouper la carte de l'Europe après la défaite de Napoléon) ou bien sur la mode avec le style Brummel, les différents cols ou bien encore les corsets...pour homme !

En quelques mots : Evidemment, les personnages vont réussir à se sortir des situations les plus inextricables et tout finira bien. Ce Georgette Heyer permet de passer une fois de plus un moment agréable avec une aventure fort distrayante. Vous l'aurez compris, je vais continuer ma découverte de l'auteure. Adorable Sophy vient d'ailleurs de rejoindre ma PAL.


dimanche 12 octobre 2014

Avant d'aller dormir de SJ Watson

Avant-propos : Non, je n'ai pas décidé d'arrêter mon blog, c'est juste que le mois de septembre est toujours un peu agité et peu propice à la lecture. Je n'ai d'ailleurs lu qu'une seule oeuvre : Richard II de Shakespeare (et je n'en ai même pas parlé). Mais avec le retour d'octobre, j'ai réussi à reprendre la lecture et j'ai déjà fini 2 livres et autres sont en cours !
Pour me replonger dans la lecture, j'avais besoin d'un page-turner. Comme mon envie de lecture coïncidait avec la sortie de l'adaptation au cinéma, j'ai porté mon choix sur Avant d'aller dormir de SJ Watson, un des thrillers dont j'avais le plus entendu parler ces dernières années (avec Les apparences qui d'ailleurs vient aussi de sortir au ciné).

Mon résumé : Christine Lucas, 47 ans, se réveille chaque matin en pensant qu'elle a  20 ans. Elle se découvre dans le lit d'un homme qu'elle ne connaît pas et qui se révèle être son mari. Chaque matin, il lui raconte leur vie, lui montre des photographies, puis part travailler. Christine reçoit alors un coup de fil de son psychologue qui lui dit qu'elle écrit un journal, mais que son mari n'est pas au courant. Quelles vérités se cachent dans ce journal ?

Mon avis : Le propre d'un bon thriller est de procurer un sentiment d'angoisse ainsi que l'envie de découvrir rapidement la fin de l'histoire. Avant d'aller dormir est une réussite sur ces 2 aspects.
Loin des thrillers sanguinolents et de la mode des serial-killers, SJ Watson joue sur une angoisse qui peut tous nous toucher : la perte de mémoire. Quel drame que de se réveiller le matin en n'ayant aucune idée d'où l'on se trouve, ni de qui est la personne qui partage sa vie ! Dans le livre, Christine se souvient de sa vie jusqu'à l'âge de 20 ans, ce qui accentue l'aspect dramatique, puisqu'elle se réveille en pensant avoir l'avenir devant elle, pour découvrir qu'une bonne partie de sa vie s'est déjà écoulée sans qu'elle n'en garde aucun souvenir. Christine ne sait rien de sa famille, de son métier, de ses goûts. Le phénomène d'identification fonctionne bien puisque nous lisons le journal de Christine en même temps qu'elle. Nous imaginons facilement ce qu'elle ressent.
Au départ, Ben, son mari, semble être parfait : chaque matin, il lui explique les mêmes choses, lui montre les mêmes photos, lui raconte leur vie sans perdre patience. Mais peu à peu, Christine découvre qu'il lui cache certaines parties de son passé. Est-ce que quelqu'un d'autre peut décider des souvenirs que l'on doit garder ? Mais en même temps n'est-ce pas protéger quelqu'un que de lui éviter d'apprendre chaque matin une nouvelle qui la fera souffrir ? Est-ce de l'amour ?
Autre personnage énigmatique du livre : le psychiatre de Christine. Chaque matin, il lui téléphone pour lui rappeler qu'elle a écrit un journal, qu' il est caché dans son armoire et qu'elle doit le lire pour connaître sa vie. Mais il lui dit de ne pas en parler à son mari, ce qui évidemment paraît très louche. De plus, le Dr Nash a quelques difficultés à garder ses distances avec Christine. Veut-il vraiment l'aider ou a-t-il des desseins plus sombres ?
Plus les événements avancent, plus on se demande si on peut vraiment faire confiance à ce qu'on lit. Christine semble se remémorer certains souvenirs mais n'est-elle pas en train de tout inventer ? Surtout que l'on découvre qu'elle n'était pas vraiment une épouse modèle. N'a-t-elle pas intérêt à se cacher des choses ? Peut-on vraiment croire ce qu'elle écrit dans son journal ?
Une atmosphère de huis-clos pèse sur le livre puisque Christine sort peu et que ses relations se limitent presque exclusivement à son mari et à ses rendez-vous avec son médecin. Qui dit la vérité ? Qui ment ? Qu'est-il arrivé à Christine ? Qui est-on quand on n'a aucun souvenir ? Comment se projeter dans l'avenir quand on n'a plus de passé ?

Je n'avais pas vraiment vu venir le dénouement. J'avais pensé à cette hypothèse à un moment mais le livre m'avait ensuite poussée vers d'autres suspicions.

En quelques mots : Un véritable page-turner qu'on a du mal à lâcher doublée d'une réflexion intéressante (et angoissante) sur la mémoire.


Et le film ? J'ai enchaîné ensuite avec le film puisqu'il réunit 2 acteurs que j'aime beaucoup : Nicole Kidman et Colin Firth. La bonne idée a été de faire le journal de Christine sous la forme d'enregistrements vidéos. Cela aurait été bien plus ennuyeux si on avait passé notre temps à la voir écrire. Globalement, l'intrigue du film est respectée, même si je trouve qu'on se doute plus de celui qui nous ment (c'est peut-être aussi parce que je connais la fin). J'ai trouvé Colin Firth impeccable dans le rôle de Ben. Par contre, j'ai eu moins d'empathie pour la Christine du film (le fait qu'on voit les choses au lieu de le découvrir par écrire avec elle y est sans aucun doute pour quelque chose). Le film se regarde bien, mais je ne pense pas que je le reverrai.
Sinon, le film donne envie d'aller se balader dans Greenwich Park parce que la vue sur Londres paraît magnifique (et hop, je le rajoute sur ma liste de trucs à faire à Londres).


lundi 15 septembre 2014

J'ai testé pour vous : Netflix



Avant-propos : Au cas où vous auriez réussi à échapper à l'info, Netflix lançait son service de SVOD en France aujourd'hui. Je n'ai quand même pas attendu minuit hier pour le tester, mais il se trouve que je ne travaillais pas cette après-midi. J'ai donc pu voir ce que cela donnait...

Déjà, c'est extrêmement simple d’utilisation que ce soit au niveau de l'inscription, du choix dans le catalogue, de la composition de sa liste de films et de séries à regarder.
Le service est gratuit pour ce premier mois. Il n'y a pas d'engagement au niveau de l'abonnement.
Le chargement d'une vidéo est relativement long (30 secondes, ça n'a pas l'air mais quand on attend c'est long), beaucoup plus long que tous les autres sites de streaming que j'ai pu utiliser. Par contre, ensuite aucun souci, aucune coupure, de très légers ralentissements de l'image par moment, mais rien de dramatique (en même temps, je l'ai utilisé l'après-midi). L'image est belle (plus que quand j'utilise OCS sur l'ordi par exemple), alors que j'ai la définition minimale.
On peut choisir la langue et les sous-titres (encore heureux, sinon j'aurais arrêté directement), mais il y a parfois un décalage entre les dialogues et les sous-titres. Par contre, Netflix retient mes préférences. Il a compris que j'étais allergique au doublage et donc me propose tout directement en VOST.
Un gros reproche : la volonté systématique de vouloir associer mon compte à facebook pour que je sache ce que mes amis regardent. Je n'ai pas envie, mais la proposition revient très régulièrement.

Passons à ce qui est l'essentiel du service : le catalogue. J'avais déjà vu un aperçu de ce qui allait être proposé ; je savais donc globalement à quoi m'attendre.
Le service intéressera surtout ceux qui regardent des séries et qui ont un peu de retard.
Seules 2 nouvelles séries de 2014 sont proposées : Penny Dreadful et Fargo. J'avais déjà commencé à regarder Penny Dreadful avant Netflix, donc ça m'arrange bien de pouvoir finir de voir la série avec des sous-titres. Et j'ai commencé Fargo cette après-midi. Je continuerai sans aucun doute.
Mais à part ses deux séries relativement récente, Netflix vous permettra surtout de rattraper votre retard sur des séries plus anciennes comme par exemple ma petite chouchoute Suits, The Killing (US et Danoise), Sons of Anarchy, Hannibal, Fringe (moi qui ne l'ai jamais terminée, je suis contente), Homeland, American Horror Story, Breaking Bad, The Walking Dead, Orange is the new black...

Un gros bémol quand même, les saisons les plus récentes ne sont pas disponibles, donc il faut être vraiment en retard (comme c'est mon cas sur un certain nombre de séries citées, ça m'arrange à court terme).
Par contre, aucune indication sur le temps pendant lequel la série sera disponible. Doit-on se dépêcher car le catalogue change tous les mois ? Ou avons-nous tranquillement la possibilité de piocher à droite à gauche ?

Il y a quand même quelques séries anglaises, mais ce sont déjà les plus connues en France : Sherlock (dont la 3e saison), Broadchurch, Doctor Who, Downton Abbey...Une bonne surprise pour moi : la présence des soupçons de Monsieur Whicher (adapté de Kate Summerscale), mais il n'y a que la saison 1. On peut aussi noter la présence des versions BBC les plus récentes d'Emma, Nord et Sud et De Grandes espérances (évidemment, pour ma part, je les ai toutes vues et je les ai même en dvd...).

En résumé, ça manque un peu d'audace.

Par contre, côté films, c'est le désastre. Netflix n'a pas le droit de proposer des films de moins de 3 ans. Certes. Ayant une dvdthèque assez fournie, je m'attendais à trouver beaucoup de films que je possédais. Mais en fait, pas tant que çà. Il y a beaucoup de films dont je n'ai jamais entendu parler et un grand nombre que je n'ai jamais eu envie de regarder.
Dans ce que je connaissais et que j'ai vraiment envie de voir, il y a A dangerous method de Cronenberg, From Hell avec Johnny Depp, Albert Nobbs avec Glenn Close, La Conspiration de Robert Redford et The Edge of love (sur Dylan Thomas). 5 films c'est très maigre, surtout pour quelqu'un qui adore le cinéma comme moi. Même pas de comédies romantiques un peu cucul à me mettre sous la dent (ok celles qui y sont, je les ai en dvd, mais y'en a plein que je n'ai pas vues).
J'ai trouvé 3 films dont je n'ai jamais entendu parler me tentent à cause des acteurs (mais le fait de ne pas les connaître ne me donne pas confiance) : Disparitions avec Emma Thompson sur la dictature argentine, Love is the devil avec Daniel Craig sur le peintre Francis Bacon et The boys are back avec Clive Owen.
Il n'y a aucun classique (j'entends par là de films d'avant les années 50).

Le bilan : Niveau séries, j'y trouverai mon compte pendant un certain temps (reste à savoir combien de temps elles vont rester). Mais si le catalogue reste dans ce style-là, je ne pense pas que je resterai abonnée plus de 2 ou 3 mois. Par comparaison, je suis abonnée à OCS depuis ses débuts et j'y ai fait plus de découvertes (je compare évidemment  avec des séries anciennes et des films de plus de 3 ans, pas avec les films récents et  le service du +24 que Netflix ne peut pas avoir).


EDIT : Ce soir, j'ai un gros décalage image/son. Pas sûre de tenir un mois dans ces conditions...

vendredi 29 août 2014

Profondeurs glacées de W. Wilkie Collins

Avant-propos : Dans les prochains jours, vous allez beaucoup entendre parler de Charles Dickens et de W. Wilkie Collins sur le blog. Les allergiques sont prévenus. J’ai découvert Profondeurs glacées dans Drood de Dan Simmons (dont je reparlerai). Le contexte de cette pièce de théâtre est tellement formidable que j’ai voulu la découvrir.

Petit mot sur le contexte (réalisé à l’aide de l’introduction de l’édition Libretto ainsi que de Drood de Dan Simmons) : Cette œuvre a été créée par Wilkie Collins « sous la direction de Charles Dickens » comme il est écrit dans la première version, ce qui est visiblement un euphémisme tant Dickens aurait apporté de nombreux changements à cette création. À l’origine, c’était une pièce de théâtre privé. Dickens avait l’habitude de monter des petits spectacles dans sa maison et de les interpréter avec sa famille et ses amis. C’est le cas, ici, puisque il se réserve le rôle de l’héroïque Richard Wardour, tandis que Wilkie Collins joue son rival Frank Aldersley. Le succès de la pièce dépasse vite le cadre familial. Elle sera même présentée devant la reine Victoria ! C’est aussi au cours de ces représentations que Dickens rencontre Nelly Ternan qui deviendra sa maîtresse.
La pièce a été écrite en réaction à un fait divers qui avait choqué les victoriens et Dickens en particulier : la révélation, selon une enquête menée par John Rae, que les hommes disparus dans le pôle Nord suite à l’expédition de Sir John Franklin auraient fini par manger leurs compagnons pour survivre. Dickens n’a jamais pu croire à cet acte de cannibalisme. Quand Wilkie Collins propose d’utiliser ce sujet pour une pièce de théâtre, Dickens applaudit des deux mains. En fait, il se dit qu’il prend Wilkie Collins au piège, car celui-ci sera forcé d’écrire la pièce et de l’interpréter ; il aura moins de temps pour écrire ses propres livres. Dickens serait jaloux de la popularité grandissante de Wilkie Collins et ferait tout pour retarder la publication de Secret absolu (c’est ce qui est écrit dans la préface). La version publiée par Libretto est le texte retravaillé sous une forme romancée par Wilkie Collins, ce n’est donc pas la version d’origine (il fait par exemple une allusion au cannibalisme, alors que Dickens s’était opposé à cette idée).

Mon avis sur l’œuvre : Disons-le tout de suite, la pièce est loin d’être un chef d’œuvre, notamment à cause de son personnage principal féminin qui rejoint la grande file des héroïnes têtes à claques qui nous font nous demander comment deux hommes assez sensés peuvent perdre la tête pour une telle gourde.
Au début du livre, cette jeune fille, Clara Burnham, est inquiète. Elle confie ses tourments à l’une de ses amies : elle a été demandée en mariage par Richard Wardour, un aventurier, juste avant son départ pour une expédition. Mais en fait, elle n’est pas sûre qu’il ait compris qu’elle l’a refusée parce qu’elle lui a dit non dans une lettre, mais n’a jamais reçu sa réponse. Elle a donc peur de le revoir, car il vient de rentrer de son voyage. Entre temps, elle a rencontré un jeune homme, Frank Aldersley, qui lui a demandé sa main, juste avant de partir dans une expédition vers le pôle Nord. Clara, toujours aussi bête, accepte, alors que son amie Mrs Crayford lui avait bien dit de ne rien faire tant que sa situation avec Richard n’était pas tirée au clair.
Clara réussit à dire à Richard qu’elle ne veut pas l’épouser. Celui-ci se doute tout de suite qu’il en aime un autre. Pour noyer son chagrin, il décide de repartir immédiatement. Bien évidemment, il s’engage dans la même expédition que Frank.
Pour ne rien arranger à son cas, Clara possède le don de double-vue (sic). Elle est donc persuadée de savoir ce qu’il va se passer au pôle Nord : Richard va découvrir que Frank est son rival et le tuer. A-t-elle raison ?
Richard s’enfonce dans la dépression. On sent qu’il a envie d’en finir. Découvrira-t-il le secret de Frank ?
Les passages au pôle Nord sont ceux qui m’ont le plus intéressée. De même que le final que j’ai trouvé émouvant (même s’il faut bien avouer qu’on tombe un peu dans le pathos).


En quelques mots : Cette pièce ne fait pas, selon moi, partie des incontournables, mais, au cours de ma lecture,  je ne cessais de m’imaginer Charles Dickens et Wilkie Collins dans ces rôles. Et ça devait quand même déchirer grave être impressionnant. Je viens de voir que Dan Simmons (décidément !) a écrit Terreur, un livre qui s’inspire de l’expédition Franklin…


mercredi 27 août 2014

Les séries à venir...



Avant-propos : Je ne parle pas souvent de séries sur mon blog, pourtant ça m'intéresse beaucoup et occupe une partie de mon temps libre. Et l'une des rares bonnes nouvelles de la rentrée, c'est que c'est la rentrée des séries ! Cela fait déjà quelques temps que mes yeux se tournent plus vers les séries anglaises que vers les séries américaines (dont la rentrée s'annonce une fois encore bien pauvre sur les grandes networks à part le remake The Odd couple avec Matthew Perry, mais c'est juste parce qu'il y a Matthew Perry. Pour l'instant, je n'ai rien repéré non plus sur les chaînes câblées, mais elles ne lancent pas forcément leurs séries à la rentrée.).
Par contre, j'ai noté beaucoup de séries sur les chaînes de la BBC et d'ITV. Je ne parle que de celles dont c'est la 1e saison, donc je laisse de côté Peaky Blinders, The Fall et autres Ripper Street.
Comme je suis aussi administratrice de Whoopsy Daisy, forum sur lequel on parle beaucoup de séries, je vous mettrais le lien vers les topics quand ceux-ci permettent de compléter les infos (je pense par exemple à celui de Grantchester qui comprend déjà 5 pages).
Voici donc ma sélection...

Grantchester, ITV (Update : Diffusée)


Grantchester est la première à ouvrir le bal, puisqu'elle sera diffusée à partir du 15 septembre.[EDIT : elle semble être repoussée à octobre]. Il s'agit d'une série en 6 épisodes, adaptée des romans de James Runcie (qui se trouvent comme par hasard dans ma PAL - je compte d'ailleurs lire le premier avant le début de la série). La série se passe en 1953 dans la petite ville de Grantchester (près de Cambridge), où le vicaire Sidney Chambers mène l'enquête. Rien de révolutionnaire dans le concept, mais les photos donnent envie. Le rôle de  Sidney Chambers sera interprété par le sémillant James Norton, vu dans La mort s'invite à Pemberley.
D'autres photos sur whoopsy ainsi qu'un topic sur James Norton si vous ne le connaissez pas encore.

1864, DR



Il n'y a pas que les chaînes anglaises au niveau des séries, il y a aussi la chaîne danoise DR. Après les succès qu'on lui connaît au niveau des séries policières et politiques, DR se lance dans une série historique. Au vu de la bande-annonce et même sans sous-titres, on sent que cela va encore être une grande réussite. La série sera diffusée à partir du 27 septembre. Elle comprend 8 épisodes et évoque l'année où le Danemark va entrer en guerre contre ses puissants voisins (Confédération germanique, Prusse, Empire d'Autriche) sur fond de triangle amoureux. En espérant qu'Arte nous la propose très vite, parce que j'avoue que je ne maîtrise pas le danois^^ 

Banished, BBC 2 (Update : Avril)


Il n'y a pas encore de date de diffusion, mais elle a été annoncée dans les séries de la rentrée. Cette série, en 7 épisodes, raconte la colonisation de l'Australie en 1788 et sa transformation en colonie pénitentiaire. Le casting est mené par MyAnna Buring (Ripper Street), Julian Rhind-Tutt (Oliver Twist, The Hour) et Russell Tovey (Sherlock-Le chien des Baskerville).

The Great fire, ITV (Update : Diffusée)


Pas de date non plus, mais la diffusion est prévue cet automne. Il s'agit d'une mini-série en 4 épisodes sur le grand incendie qui a ravagé Londres en 1666. On y retrouvera les omniprésents Andrew Buchan (Broadchurch) et Charles Dance (GOT).

Mapp and Lucia, BBC (Update : Diffusée)


Pour Noël, nous aurons droit à l'adaptation des romans d'EF Benson (aussi dans ma PAL). Miranda Richardson sera Mapp et Anna Chancellor sera Lucia. Le casting comprend aussi Steve Pemberton (Whitechapel) et Mark Gatiss (Sherlock).
D'autres infos sur Whoopsy.

Wolf Hall, BBC  (Update : 21 janvier 2015)


Certes, ce n'est pas pour tout de suite, mais c'est sans doute l'une des séries qui me fait le plus envie. Il s'agit de l'adaptation du livre d'Hilary Mantel qui raconte la vie de Thomas Cromwell (Mark Rylance). Damian -Homeland -Lewis joue Henry VIII (il paraît que c'est la première fois que ce rôle est joué par un vrai roux, si c'est pas le top de l'info, ça...) et Claire Foy joue Anne Boleyn. Le tournage est achevé, reste à attendre la date de diffusion.
D'autres infos et photos sur Whoopsy.

Poldark, BBC (2015)


Autre série événement de 2015, le remake de Poldark, série-culte de la BBC (que je n'ai jamais vue). Il s'agit de l'adaptation d'une série de romans de Winston Graham. Ross Poldark revient en Cornouailles en 1783 après avoir combattu en Amérique. Il découvre que son père est mort, que l'entreprise familiale est en ruine et que sa fiancée est promise à son cousin. En plus du résumé, c'est aussi le casting qui m'intéresse avec Aidan Turner (Dante Gabriel Rossetti dans Desperate Romantics) et la jeune mais prometteuse Eleanor Tomlinson (The White Queen, La mort s'invite à Pemberley). 
Plus d'infos sur Whoopsy

Deadline Gallipoli, Foxtel (2015) 



Et enfin une série australienne, mais au casting très international. Elle est produite par Sam Worthington pour Foxtel. Il y aura 4 épisodes. La série raconte les événements de Gallipoli, vus par les correspondants de guerre. 
Sam Worthington et Hugh Dancy interprètent les journalistes, Charles Dance et Rachel Griffiths le Général et Lady Hamilton.

Life in squares, BBC 2 


La série est encore en tournage. Elle racontera l'histoire du groupe de Bloomsbury sur plusieurs décennies jusqu'au suicide de Virginia Woolf. Les acteurs changeront donc selon les époques. Par exemple, Duncan Grant sera interprété d'abord par James Norton (encore lui) puis par Rupert Penry-Jones.

En quelques mots : Beaucoup de bonnes choses à venir en cette saison 2014/2015. Je regrette juste que la TV française soit loin d'être aussi audacieuse que la TV britannique ou danoise.

samedi 23 août 2014

Chawton chez Jane Austen

Au cours de mon dernier périple londonien,  j'ai fait un petit tour dans le Hampshire, chez Jane Austen. Pour y arriver, on prend un train depuis la gare de Waterloo jusqu'à celle d'Alton (un peu moins de 2h).
Par contre, quand on arrive à Alton, il n'y a absolument aucune indication. Encore heureux que l'on savait qu'on devait trouver Winchester Road (j'avais l'habitude de préparer les itinéraires dans les moindres détails avant, je suis un peu tombée dans l'excès inverse^^) . On a donc pris le plan du panneau de la gare en photo car aucun panneau directionnel n'indique qu'on va vers chez Jane Austen (à part quand on est vraiment sur la bonne route).
Depuis la gare d'Alton, il y a environ 3/4 d'heure de marche. Il y a aussi un bus, mais il ne roule pas pendant midi, donc nous sommes parties à pied. Il faut faire attention car quand on quitte Alton, on se retrouve sur les bords d'une nationale, sans trottoir.
Enfin, nous arrivons à Chawton.

J'ai bien aimé visiter la maison. Découvrir les pièces où Jane Austen a vécu est quand même émouvant, en particulier la petite table, près de la fenêtre, sur laquelle elle écrivait. De même, quand on s'assoit sur les bancs des jardins, on imagine qu'elle venait se reposer ici.
La responsable d'une des salles était très intéressante et sans aucun doute passionnée. Elle livrait des petits anecdotes sur le mobilier ou sur les tableaux.



A environ 500 mètres de la maison de Jane Austen, il y a la demeure où vivait son frère. Elle se situe juste à côté de l'église où sont enterrées la mère de Jane Austen et sa soeur Cassandra (Jane Austen est enterrée à Winchester, là où elle est décédée). Il y a a une bibliothèque (2e photo de la colonne de gauche) sur ce domaine avec des manuscrits précieux.  Malheureusement, il y a des heures et des jours de visite très précis et nous ne sommes pas arrivées au bon moment pour pouvoir la visiter.

En quelques mots : Une jolie escapade dans la campagne anglaise sur les traces de Jane Austen.

lundi 18 août 2014

L'hexamètre de Quintilien de Elisa Vix

Avant-propos : Ce livre m’a été suggéré dans mes recommandations sur un site de vente en ligne. Je n’avais jamais entendu parler de l’auteur, mais le résumé et les premières lignes me tentaient bien (voir à la fin du billet). De plus, il est édité aux éditions Rouergue Noir, ce qui est plutôt un signe de qualité. Comme le livre était vendu d’occasion dans un état comme neuf au prix d’un poche, je me suis laissée tenter et j’ai très bien fait.

Mon résumé : Un bébé de six mois est découvert dans une poubelle devant un immeuble parisien. Cet événement jette le trouble dans le bâtiment. Les habitants réagissent de manière différente face à ce drame, surtout lorsqu’ils découvrent qu'il s'agit du petit Yanis qui vivait au 2e avec sa mère Leila et sa soeur.

Mon avis : Je pense que c’est la première fois que le titre d’un livre m’apprend quelque chose. Je ne savais pas ce qu’était l’hexamètre de Quintilien. Il s’agit d’une liste de questions (Qui ? Quoi ? Où ? Quand ? Comment ? Combien ? Pourquoi ?) permettant d’étudier un événement en détail, méthode bien utile pour faire des résumés et utilisés souvent par les journalistes. Je connaissais son équivalent, appelé les 5 W(Who ? What ? Where ? When ? Why ?), mais c’est tellement plus chic de citer l’hexamètre de Quintilien.

Même si le sujet peut paraître sanglant, nous ne sommes pas ici dans un thriller, ce n’est même pas vraiment un roman policier dans le sens traditionnel du terme (même si à la fin on connaîtra le coupable). Il s’agit plutôt d’un roman social puisque l'on découvrira au fur et à mesure les difficultés des habitants de l’immeuble.

Le point fort du livre, selon moi, est que l’auteur a donné plusieurs voix à son ouvrage. Le narrateur change quasiment à chaque chapitre, mais ils sont tellement bien différenciés de par le style qu’on pourrait les reconnaître même si leur nom n’était pas indiqué. Lucie, jeune journaliste célibataire, sorte de Bridget Jones (rien de péjoratif dans ma bouche, mais plutôt celle du film que celle du livre), toujours à l’affût d’un scoop, qui n’a pas trop de chance avec les hommes (et manque parfois de discernement) mais qui garde un humour à toute épreuve.Celui qui va tenter de la séduire est Marco, le vendeur de produits high tech, sûr de son charme. C’est la « voix » que j’ai préférée. J’ai trouvé que l’auteur avait vraiment réussi à se mettre dans la peau de ce type de personnage « qui s’la joue » comme on dit trivialement, tout en lui donnant une certaine épaisseur et même en réussissant parfois à nous le faire apparaître séduisant, tout du moins à comprendre pourquoi Lucie est attirée par lui.  Il y aussi Pierre, le propriétaire de l’appartement de Lucie, veuf et un peu perdu face à son fils, Kevin, l’ado rebelle et mutique dans toute sa splendeur. Enfin, il y a Leila la maman du bébé décédé.

Même si l’intrigue tire principalement vers le drame, il y a de nombreuses pointes d’humour (parfois noir)  comme par exemple quand Lucie aperçoit le corps du petit Yanis et que la première chose qui lui vienne à l’esprit est qu’elle a peut-être décroché un scoop. C’est aussi assez drôle parfois de comparer la vision d’un même événement par deux personnages différents.

La fin a visiblement surpris un certain nombre de lecteurs. Personnellement, je m’en étais doutée, mais cela ne m’a pas empêché d’apprécier le dénouement.

En quelques mots : Encore un auteur français contemporain à suivre (2 dans la même semaine, j’ai presque atteint mon quota annuel^^). J’ai vraiment beaucoup aimé la façon dont l’auteur a réussi à se glisser dans la peau de personnages si différents. Ca semble être le b.a.-ba, mais je l’ai rarement vu réalisé avec autant de personnages dans le même livre. 

Voici l'extrait qui m'a séduite : 
Lucie, 3e étage

J'écris le matin. Mes papiers, mais aussi des petits textes qui me viennent comme ça, mes «humeurs», des phrases musicales, des mots au charme désuet ou mystérieux que je jette sur l'écran comme des pierres précieuses dans une malle aux trésors. Gabegie, oecuménique, sibyllin... Tournebouler, faire du gringue ou le joli coeur... C'est ma gymnastique à moi, mon entraînement. J'aime jouer avec la langue.
Le matin, c'est le moment de la journée où je suis le plus opérationnelle. L'après-midi, je m'attelle aux corrections, je relance les rédac chefs, je fais des recherches sur Internet, enfin le genre de travail qui exige une concentration moins aiguë.
Parfois, quand un journal me commande un papier (jamais) ou quand j'ai une idée de sujet (rarement ; moins on bosse, moins on a envie de bosser, c'est la spirale infernale du chômage technique), je chausse mes tennis et pars en reportage. Ces sorties (à mes frais) se font donc exceptionnelles. Le disque dur de mon PC stocke déjà environ deux cents articles hyper originaux qui n'ont pas trouvé preneur. Ça devient lassant. Mon banquier trouve aussi.

En français, je suis pigiste ; en english, free lance.
Free lance est un joli terme issu de l'anglais médiéval et désignerait un chevalier indépendant de tout seigneur. Dans free lance, il y a free. Tout le monde m'envie ; je suis libre ! Je peux écrire ce que je veux, sur le sujet que je veux...
Viva la libertà. Que j'échangerais volontiers contre un CDI et des tickets resto.
La liberté, parfois, ça a comme un petit goût de disette.

Hier soir, après le journal télévisé, j'avais réglé mon réveil à 7 h 30, mais, comme d'habitude, je me suis réveillée avant son hurlement.
Sur ma nuisette, j'ai enfilé une robe de chambre en polaire, une paire de grosses chaussettes et mes chaussons lapin. On n'est qu'en novembre, mais ça commence à cailler. Un froid humide qui fait moisir les draps et vous transit toute la journée jusqu'à l'os. Les femmes sont plus frileuses que les hommes à cause de leur masse musculaire moins importante (ce sont les muscles qui produisent la chaleur). Je le sais, parce que j'ai fait un papier (toujours dans mon PC) sur les idées reçues homme/ femme et leurs fondements scientifiques. J'avais interviewé une professeure de l'hôpital Pompidou. Les femmes tiennent aussi moins bien l'alcool parce qu'elles ont plus de graisse... Tout ça, c'est la faute aux hormones, m'avait expliqué la professeure, une de ces femmes majuscules qui vous rendent fières de ne pas avoir de pénis, n'en déplaise à Mister Freud.

jeudi 14 août 2014

La fin du monde a du retard de J.M. Erre

Avant-propos : Je ne réserve jamais mes livres à la bibliothèque. Je préfère en général flâner et tomber par hasard sur un livre au détour d'une étagère. Mais, j'ai fait une exception pour celui-ci. Quand j'ai vu que ma bibliothèque l'avait acquis, j'ai découvert les joies de la réservation par internet avec sms qui avertit que le livre est disponible pendant 7 jours ou bien il s'auto-détruira. Car la sortie d'un nouveau J-M Erre est devenu un événement que je note précieusement dans mon calendrier, puisque depuis ma découverte du Le mystère Sherlock, j'ai lu et aimé Prenez soin du chien et Série Z (mais je n'ai pas fait de billets, c'est pas bien). Je dirais même que c'est grâce à lui que j'ai commencé à m'intéresser un peu aux auteurs français contemporains en me disant qu'ils n'étaient au final pas tous aussi ennuyeux qu'ils en avaient l'air (et il y en a même maintenant quelques autres qui trouvent grâce à mes yeux, mais ça c'est une autre histoire).

Mon résumé : A l’hôpital psychiatrique Saint-Charles, Julius adepte du complot, s'enfuit avec Alice, seule rescapée d'un mariage catastrophique où les 262 invités sont morts. Ils ont 4 jours pour empêcher la fin du monde. Vont-ils réussir ???



Mon avis : Cette fois-ci, l'intrigue tourne autour des sagas épiques où un héros doit affronter d'innombrables épreuves dans une quête pour sauver le monde (Le Seigneur des Anneaux, Matrix) mais aussi de la mode des thrillers ésotériques sur fond de complot mené par une multinationale (ou société secrète) qui contrôle l'information (type Da Vinci Code), sans oublier les mythes de l'Antiquité. Ce savant mélange d'érudition et de culture plus populaire est d'ailleurs l'une des caractéristiques que j'apprécie le plus chez JM Erre, de même que ses phrases qui commencent dans un style soutenu pour finir par nous évoquer quelque chose de plus trivial.
L'autre point fort des romans de l'auteur est la façon dont il pointe avec humour les travers de notre société que ce soit les "modes" vestimentaires (celle-ci est heureusement en train de devenir has-been):
Quelque chose de le fit rire, il appuya sur deux touches, puis il remit l’appareil dans la poche arrière de son jean taille basse – caleçon haut.
la mise en scène de l'information
Tout autour de l’église, la place Saint-Théodule grouillait de monde. Les heures passant, elle avait été prise d’assaut par les équipes des télévisions qui retransmettaient en direct les preuves irréfutables qu’il ne se passait rien. Munis de micros et de brushings, des journalistes remplissaient le vide minute par minute à l’aide de leur sourire crispé. Les caméramans filmaient l’impressionnante foule de curieux qui filmaient les caméramans avec leurs téléphones portables. Des pensionnaires d’une maison de retraite, installés sur leur balcon, se regardaient à la télévision en train de regarder la télévision sur leur balcon. C’était l’happy-hour de la mise en abyme. 
le succès de la littérature nordique (j'ai toujours pensé la même chose que lui à ce sujet^^)
Face à l’entrée, plusieurs tables croulaient sous les polars suédois, norvégiens et islandais ; une littérature dont la fonction première est de révéler au touriste potentiel la dangerosité insoupçonnée des pays nordiques qui comptent manifestement parmi les endroits les plus criminogènes au monde. 
 la difficulté d'assumer qu'on aime les comédies romantiques (personnellement, j'assume)
C’était un bon présage, pensait-il, comme dans les comédies romantiques quand le héros à mèche embrasse l’héroïne à dents sur fond de feu d’artifice new-yorkais et qu’on verse une larme honteuse vite séchée par le fameux « Non mais, t’as vu comme c’est naze ! »
la vie du geek
Un geek, pour ceux qui n’ont pas compris grand-chose à la description de la bibliothèque d’Ours, est un passionné d’informatique dont l’univers mental se compose de jeux vidéo, de science-fiction et de pizzas froides. Pure émanation d’un siècle technologique, le geek apparaît comme un nouveau chaînon dans l’évolution de l’espèce humaine : un être qui a su résoudre les deux problèmes ancestraux de l’ado de base – l’acné et les filles – en passant ses journées devant un écran d’ordinateur.
la théorie du complot (le dernier complot me fait mourir de rire)
Lorsqu’on tape « complot » sur Google, on obtient la bagatelle de quinze millions de résultats. Au hasard, on apprend que Michael Jackson a été assassiné, que les Américains ne sont jamais allés sur la Lune, que des lézards humanoïdes cachés au centre de la Terre nous contrôlent psychiquement, que le gouvernement américain est sous la coupe des Illuminati ou que le chanteur Yannick Noah a gagné Roland-Garros.
Il y aussi l'opposition entre la jeune génération et les adeptes du "c'était bien mieux avant" (les deux côtés en prennent pour leur grade) entre les tenants du cinéma d'auteur face à une culture cinématographique moins raffinée ("Ils ont des têtes à multiplexe") ou bien encore entre les ex-soixante-huitards et le reste de la société.
Il y en d'autre encore mais si je voulais être exhaustive, il faudrait que je recopie tout le livre.

Un petit bémol quand même, j'ai un tout petit peu moins aimé la résolution de l'intrigue que dans les autres livres, parce que je l'ai vue venir assez tôt, à partir du moment où il y a des explosions. Mais, cela n'a pas gâché mon plaisir.

 En quelques mots : J'ai encore passé quelques heures à rire toute seule devant cet ouvrage qui est un très bon remède face à la morosité ambiante. Mon seul drame est qu'il ne me reste que Made in China à lire. Je pense donc attendre un peu avant de le découvrir.

Les avis de Miss Léo et de Titine.

Bonus : Comme je pense que je n'écrirai pas de billets sur Série Z, je vous montre la photo que j'avais prise à l'époque de ma lecture. Sur les 3 films cités au début du livre, j'en possède 2 (récupérés d'occasion, je n'ai quand même pas payé plein tarif pour ça ^^). L'humour ultra-référencé de J.M. Erre est définitivement fait pour moi !





mercredi 13 août 2014

Wish I was here (Le rôle de ma vie) de Zach Braff (2014)


Avant-propos : En 2004, comme beaucoup de personnes, je suis tombée sous le charme de Garden State et de son réalisateur et interprète principal Zach Braff. Je suis allée voir le film 2 fois au cinéma et j'ai acheté la 1e saison de Scrubs dans la foulée sans en avoir jamais vu un seul épisode (et j'ai vu les 9 saisons).
Dire que j'attendais le film avec impatience est un euphémisme. J'ai même participé au financement du projet sur Kickstarter ce qui m'a permis d'assister la semaine dernière à l'avant-première de WIWH à Paris en présence de Zach Braff qui est aussi drôle et intéressant que je l'imaginais. 

Mon résumé : Aidan (Zach Braff), 35 ans, tente toujours de devenir acteur sans avoir réussi pour l'instant. Son dernier emploi est une pub pour un anti-pelliculaire. 
Ses enfants sont dans une école privée juive, mais ce n'est pas le choix d'Aidan. C'est en fait son père (Mandy Patinkin) qui paye les frais de scolarité, il a donc choisi l'école. 
Mais justement, son père a tardé pour le paiement de la mensualité. Aidan va le voir et son père lui apprend que son cancer est revenu et qu'il ne peut donc plus payer l'école des enfants. 
Aidan n'ayant pas envie de les mettre à l'école publique, il décide, poussé par sa femme (Kate Hudson) de leur faire cours à la maison. 

Pourquoi est-ce que j'aime autant Zach Braff ? 
Pour son humour, pour ses références au cinéma et à la pop-culture, pour ses fantastiques goûts musicaux, pour son côté daydreamer (comme moi^^), pour ses plans originaux et pour ses histoires qui me touchent. 
Eh bien, on retrouve tout cela dans WIWH. 
Le film est très drôle (beaucoup plus que la bande-annonce ne le laisse entrevoir) notamment dans les passages où Aidan essaye de faire cours aux enfants et se retrouve dépassé. 
Les références culturelles sont nombreuses et hilarantes comme celle où il évoque Game of thrones ou bien la mise en abyme de voir Aidan expliquer quelque chose sur Star Trek à Paul /Jim Parsons (Sheldon Cooper^^). 
La BO est encore une fois une petite merveille qui tourne en boucle chez moi, en particulier la magnifique chanson éponyme composée par Coldplay et interprétée par Cat Power. Et Wait it out d'Allie Moss. Et Mexico de Jump Little Children.  
J'aime aussi ce côté onirique où un astronaute peut sembler être un ange gardien. 
La mise est scène est toujours aussi travaillée dans les plans comme celui du magasin de perruques.Il y a des moments d'émotion particulièrement bien filmés, notamment un avec la petite Joey King et un avec Kate Hudson qui n'a jamais eu une aussi belle scène depuis Presque Célèbre et son "what kind of beer?"
C'est un film qui se concentre davantage sur la famille. Dans GS, on avait la rencontre amoureuse et la bande de potes; ici on se concentre plus sur les enfants, sa femme, son père et son frère. 
C'est un film très émouvant sur la difficulté de voir ses parents disparaître, sur la volonté de rassembler sa famille. Ce n'est pas un film romantique dans le sens où Aidan et sa femme ne traversent pas de grande crise, mais au contraire, ils essayent de se soutenir et de trouver des solutions ensemble. Leur relation est empreinte de maturité, mais si Aidan ne l'est pas toujours. 

En quelques mots : une fois de plus, je suis tombée sous le charme de Zach Braff et de son film. On passe son temps à rire et à se retrouver au bord des larmes et parfois on fait les 2 en même temps. Les thèmes ne sont pas forcément nouveaux, mais le film m'a touchée. Il sort aujourd’hui.

Si vous voulez un long résumé du Q&A (Questions-Réponses) de Zach Braff à l'avant-première, vous pouvez aller lire celui que j'ai fait sur Whoopsy-Daisy

Et comme le dit Zach sur facebook : 
Chers amis français,
J'ai travaillé SI dur sur ce film et encore plus dur pour être certain qu'il sortait partout en France. S'il vous plait allez le voir au cinéma; 
je l'ai fait pour vous. Je vous aime,
Zach

jeudi 7 août 2014

L'éveil de mademoiselle Prim de Natalia Sanmartin Fenollera

Avant-propos : Après une longue pause de juillettiste, je sors le blog de son hibernation. J'ai des tas de billets en tête surtout que j'ai fait 2-3 choses intéressantes comme aller à Chawton, voir des pièces de théâtre à Londres ou bien encore assister à l'avant-première de Wish I was here en présence de Zach Braff sur les Champs-Elysées...
Mais je commence d'abord par un billet sur le livre que je viens juste de terminer, parce qu'il est encore tout frais dans ma mémoire et ça me demande moins de réflexion ^^ 
J'avais découvert ce livre il y a quelques temps déjà chez Cachou et il m'avait tapé dans l'oeil. 

Mon résumé : Prudence Prim répond à une petite annonce pour reclasser la bibliothèque d'un particulier. Quand elle arrive, elle le trouve devant une quinzaine d'enfants en train de leur faire identifier des citations de Virgile. Prudence découvre la petite communauté très originale de Saint-Irénée d'Arnois qui a décidé d'éduquer elle-même ses enfants et de se retirer de la société de consommation. 

Mon avis : Ce livre se lit avec plaisir malgré ses défauts.
Tout d'abord, j'ai beaucoup aimé la petite communauté de Saint-Irénée. Même si je ne suis pas d'accord avec tous leurs principes, j'ai apprécié l'idée de prendre son temps pour faire des choses importantes comme pouvoir lire des livres ou se réunir au cours de thés copieux. Les personnages secondaires se mêlent beaucoup des histoires des autres, mais c'est fait avec sympathie.
Ensuite, les références littéraires et philosophiques sont nombreuses et bien agréables à lire. On y discute du fait que Darcy soit l'homme idéal et de la raison pour laquelle les hommes en sont jaloux ou bien sur le fait que toute jeune fille se doit d'avoir lu Les quatre filles du Dr March (je ne l'ai jamais lu, honte à moi !).
Mais je n'ai pas trop accroché à l'héroïne principale que j'ai trouvé beaucoup trop coincée. Je n'ai pas compris pourquoi elle se vexait de certaines réflexions qui n'avaient rien de bien méchant.
J'ai apprécié la plupart de ses échanges avec son patron, surtout la façon dont il retournait toujours ses arguments.
Enfin, je n'ai pas apprécié le tournant trop religieux qu'a pris le livre à la fin. D'autres principes ne m'ont pas non plus convaincue comme la vision du féminisme ou bien encore le fait d'attribuer certaines qualités comme étant féminines.
Quant au principe de l'éducation des enfants, même si je ne suis pas contre le fait d'être un peu plus ambitieux que le système scolaire actuel, je doute quand même qu'ils soient tous capables de lire Virgile avant l'âge de 10 ans, sans parler de l'intérêt de la chose. Surtout qu'on penche toujours un peu vers le mysticisme puisque une des enfants est capable de reproduire une icone quelle a vu seulement une seule fois.

En quelques moments : Un divertissement assez sympathique, mais certains partis pris m'ont empêchée de succomber au charme de ce petit village.

D'autres avis chez Cachou, Romanza et Mrs Figg.

mercredi 2 juillet 2014

L'héritage d'Esther de Sandor Marai

Avant-propos : Cela fait un certain temps que j'aperçois les romans de Sandor Marai dans les rayons des librairies, mais, ne connaissant pas cet auteur, j’hésitais à franchir le pas. Et puis, j'ai lu qu'on le comparait à Zweig. J'ai plongé et j'ai très bien fait !

Résumé de l'éditeur : L'Héritage d'Esther, publié en 1939, rassemble en un bref récit tout ce qui fait l'art de Marai. Retirée dans une maison qui menace ruine, engourdie dans une solitude qui la protège, une femme déjà vieillissante voit soudain resurgir le seul homme qu'elle a aimé et qui lui a tout pris, ou presque, avant de disparaître vingt ans plus tôt. La confrontation entre ces deux êtres complexes - Esther la sage, ignorante de ses propres abîmes et Lajos l'insaisissable, séducteur et escroc - est l'occasion d'un de ces face à face où l'auteur des Braises et de La Conversation de Bolzano excelle. Un face à face où le passé semble prêt à renaître de ses cendres, le temps que se joue le dernier acte du drame, puisque "la loi de ce monde veut que soit achevé ce qui a été commencé."




Mon avis : Ce court roman est la confession d'Esther, femme de 45 ans, qui nous raconte comment un certain Lajos a influencé sa vie. Il a disparu 20 ans auparavant (on ne sait pas vraiment pourquoi au départ) et annonce son retour dans une lettre, presque comme s'ils s'étaient quittés la veille.
Esther essaye de nous dire que le passé est oublié, que sa visite n'a pas d'importance, mais on comprend à travers ce qu'elle dit qu'elle n'a jamais vraiment oublié cet homme qui l'a pourtant trahie et dépossédée d'une partie de son argent.
Lajos est un personnage fascinant : séducteur et menteur, personne ne semble avoir résisté à son charme à commencer par la propre famille d'Esther où il avait été accueilli à bras ouverts.
Esther va-t-elle réussir à résister cette fois-ci ou bien va-t-elle succomber une fois de plus aux belles paroles de Lajos ?

Le style de Marai m'a emportée dès la première page. Les sentiments d'Esther sont décrits tout en pudeur. Elle ne se livre jamais vraiment. On a l'impression que le temps s'est arrêté pour elle il y a 20 ans et qu'elle ne s'est jamais vraiment remise de ce qu'il s'est passé.
Sa vie semble avoir été une lutte entre la raison (ne pas tomber dans le piège de Lajos) et sa passion pour cet homme.
Il n'est pas facile de décrire un personnage comme celui de Lajos sans nous le rendre antipathique. On sait qu'il ment, on a lu son portrait dressé par Esther avant de le rencontrer et pourtant, le personnage de Lajos réussit à nous séduire par ses beaux discours.

C'est aussi une réflexion sur les occasions manquées, les opportunités qu'ils n'ont pas saisies et qui viennent les hanter plus tard, tout en ne sachant pas si cela aurait bouleversé leur vie.

Le choix d'Esther m'a semblé assez dur à accepter sur le moment, mais en y réfléchissant, je la comprends.

J'ai trouvé la fin très cruelle, mais il n'aurait pas pu en être autrement. On peut l’interpréter de plusieurs manières
Spoiler:
Soit les lettres de Lajos sont vraies et Esther a manqué sa vie en ne partant pas avec lui
soit les lettres sont fausses et Lajos n'a vraiment aucune limite quant à sa cruauté.
Dans les 2 cas, on sait de toute manière qu'il l'a dépossédée de sa maison et n'est plus venu la revoir.

En quelques mots : Je suis tombée sous le charme de cet auteur et je compte découvrir beaucoup d'autres de ses romans (j'en ai déjà deux autres dans ma PAL dont Libération qui raconte l'entrée de l'Armée Rouge dans Budapest qui me tente énormément).
Je le conseille aux amateurs de Zweig, surtout pour ses thématiques autour de l'amour passion, de l'amour déçu et du temps qui passe inexorablement .

lundi 30 juin 2014

La dactylographe de Mr James de Michiel Heyns

Avant-propos : Il y a quelques temps, je vous parlais de mon tout nouvel amour pour Henry James. Quelques jours après, je tombais à la bibliothèque sur ce livre qui me tentait depuis longtemps. Je n'ai donc pas résisté et je l'ai emprunté.

Mon résumé : Henry James embauche une dactylographe pour lui dicter ses écrits. Celle-ci est un peu déçue de ne pas participer au processus créatif (c'est vrai il est trop méchant Henry James de ne pas lui demander son avis !). Du coup, elle décide de noter ses propres idées qui lui viennent parfois à l'esprit grâce à un dialogue télépathique avec son amant par l'intermédiaire de la machine à écrire (oui, oui, oui).

Mon avis : Vous l'aurez sans doute compris grâce à mon résumé un brin ironique, cela n'a pas été la lecture du siècle.
Tout d'abord, j'ai eu du mal à rentrer dans l'histoire à cause du style. Je sais que l'on considère que les phrases alambiquées sont l'une de ses caractéristiques, mais je n'ai jamais eu ce problème avec James.  Je pense aussi que c'est dû à un problème de traduction. Je ne comprends pas comment on peut confier un travail de traduction à quelqu'un qui ne connaît pas James comme en témoigne le fait que les ouvrages de l'auteur ont été rebaptisés "Le bol d'or" et "Les bostoniens". Si ces titres ne sont pas des erreurs de traductions, ils prouvent que le traducteur n'a jamais entendu parler de James (et que ceux qui l'ont relu ne le connaissent pas non plus). Sachant que traduire James n'est déjà pas de la tarte pour ceux qui l'étudient, j'imagine pour quelqu'un qui ne le connaît pas.
On peut ajouter à cela une histoire qui frise le ridicule. Je n'ai vraiment pas compris le personnage de la dactylographe. Elle va tomber sous le charme de Morton Fullerton, amant d'Edith Wharton, qui va la déflorer. Et donc ensuite, elle va converser avec lui par télépathie par l'intermédiaire de la machine à écrire. Mais bizarrement, quand il est chez James, Fullerton l'ignore complètement à tel point que je me suis demandée si elle n'avait pas tout inventée. Enfin, dans un cas comme dans l'autre, c'est ridicule, même si l'auteur précise à la fin qu'au début du XXe siècle, on croyait aux pouvoirs télépathiques des machines à écrire en écriture automatique.
A la demande de son supposé amant, elle va donc tenter de récupérer des lettres que Morton Fullerton a écrites à Henry James. Celui-ci va s'apercevoir de la duplicité de son employée mais ne va rien faire. C'est sans doute pour le faire paraître sympathique, mais je doute qu'Henry James eut été aussi faible face à quelqu'un qui lui mentait.
Enfin, je ne suis pas sûre d'avoir bien compris la morale de l'histoire : Henry James découvre qu'elle écrit et j'ai l'impression qu'il lui dit en gros qu'il vaut mieux écrire sa vie que de la vivre. Voilà, voilà.

Il y a quand même quelques petites qualités notamment dans la description de la vie d'Henry James à Lamb House à Rye. On apprend qu'Henry James est un adepte de la fletchérisation (fait de mastiquer longuement ses aliments pour mieux les digérer ce qui fait que les repas sont interminables). On sourit en voyant qu'Henry James est incapable d'envoyer un télégramme car il lui faut résumer ses idées en quelques mots ce qui lui est impossible.
J'ai aussi beaucoup aimé le portrait d'Edith Wharton. Sa vie ressemble à un tourbillon, elle emporte tout sur son passage et il est difficile de lui résister. Quand elle décide de partir en promenade dans son automobile tout le monde doit venir, quand bien même un orage se prépare.

En quelques mots  : Le principal intérêt de ce livre est de m'avoir donné envie de découvrir la semble-t-il charmante ville de Rye. A part les quelques anecdotes sur la vie de James, le reste est peu intéressant. Je vous conseille de passer votre chemin. J'ai L'auteur ! L'auteur de Lodge à lire : il me semble beaucoup plus réussi (en même temps, ce n'est pas très compliqué).




Drôle de temps pour un mariage de Julia Strachey

Avant-propos : Après avoir lu un gros pavé (Le pays du Dauphin Vert), j'avais besoin d'un livre que je puisse lire rapidement, j'ai donc sorti le livre de Julia Strachey de ma PAL. 
Si je restais sur 2 coups de coeur, je dois dire que celui-ci n'en sera pas un. 

Mon résumé : C'est l'effervescence dans la maison des Thatcham : Dolly, la fille aînée, va se marier. Certains des invités sont déjà prêts et attendent comme Joseph, un ami de la future mariée. Pendant ce temps, Dolly ne semble pas extrêmement pressée de se marier.

Mon avis : Ce livre n'a pas réussi à me séduire. Je dirais même que c'est l'ennui qui a dominé ma lecture. Au début, j'ai aimé la virtuosité de l'auteur qui nous fait passer d'une scène à l'autre dans une sorte de plan-séquence. Mais ces petites histoires qui ne mènent à rien m'ont lassée. Au départ, la mariée lit une lettre de sa mère, j'ai pensé qu'elle amènerait des révélations mais pas du tout. Ses cousins passent tout leur temps à se disputer pour une paire de chaussettes et cela devient très irritant. J'ai trouvé les personnages très antipathiques. La mère de la mariée est insupportable. Elle ne cesse de faire bouger les objets par les domestiques, tout en leur reprochant de les avoir changé de place car elle ne se souvient plus de ses propres consignes. Dolly ne m'a pas émue, elle se plaint d'une situation qu'elle a elle-même créée. 
J'avoue que, comme certains le disent dans le livre, je n'ai pas compris l'humour de Joseph. Il annonce une fausse nouvelle à la mère de Dolly et je ne vois vraiment pas pourquoi. 
Je n'ai pas été touchée par la fin douce-amère. 

En quelques mots  : Ce livre n'était pas pour moi, mais je regarderai peut-être quand même son adaptation. 


mercredi 25 juin 2014

Le pays du Dauphin Vert d'Elizabeth Goudge

Avant-propos : Je me penche en ce moment sur la littérature des années 1900-1970 et en particulier les livres écrits par les auteurs féminins (j'ai quand même quelques hommes comme Louis Bromfield ou Lewis Lewisohn dans ma PAL). Je dois dire que pour l'instant, j'y fais de merveilleuses découvertes (Vita Sackville-West, Daphne du Maurier, Elizabeth Taylor et j'en ai beaucoup qui m'attendent : Elizabeth von Arnim, Elizabeth Bowen, Virginia Woolf, Barbara Pym, Ivy Compton-Burnett, Julia Strachey, Irmgard Keun, Zelda Fitzgerald pour ne citer que celles que je compte lire au plus vite). Elizabeth Goudge fait partie de ces auteurs. J'avais lu beaucoup de bien de ce livre et je l'avais acheté mais il traînait dans ma PAL depuis un an. Et puis Praline m'a proposé une LC et je l'en remercie car sans elle, il aurait sans doute pris la poussière très longtemps sur mes étagères (il faut dire que c'est un pavé de 800 pages).
J'ai vécu une très belle aventure avec ce roman qui m'a emporté très loin.

Mon résumé : La famille Le Patourel fait partie de la bonne société des îles anglo-normandes. Marianne, l'aînée, à 16 ans. C'est une jeune fille déterminée qui mène sa famille à la baguette. Sa soeur, Marguerite, 11 ans est une jolie petite fille qui est toujours heureuse et séduit tous les gens qu'elle rencontre.  Un jour, le Docteur Ozanne s'installe dans l'île avec son fils de 13 ans, William. La vie des Le Patourel va être bouleversée. Certains des personnages vont traverser le monde pour aller jusqu'en Nouvelle-Zélande.

Mon avis : Ce roman possède un charme mystérieux qui envoûte tous ses lecteurs. Je n'ai pour l'instant lu aucun avis négatif sur celui-ci au contraire. Un peu comme Elizabeth Taylor, je ne comprends pas qu'Elizabeth Goudge ne soit pas plus connue et je vais m'empresser de lire un autre de ses romans.
C'est drôle que mon billet tombe peu après celui de L'Auberge de la Jamaïque car j'ai trouvé dans Le pays du Dauphin Vert tout ce que j'avais pensé trouver dans L'Auberge (voyages au bout du monde, aventures extraordinaires comme se faire capturer par les Maoris, personnages secondaires inoubliables...).
C'est encore un livre dont il est difficile tellement son contenu est riche.

La première partie du livre met en scène un triangle amoureux et 2 coups de foudre. Les 2 jeunes héroïnes, Marianne et Marguerite tombent amoureuse du jeune William qui lui-même n'a d'yeux que pour Marguerite bien que ce soit avec Marianne qu'il part à l'aventure sur une barque pour monter sur un bateau où il a sa première rencontre déterminante avec l'inoubliable capitaine O'Hara. Ce jour-là, William décide de devenir marin. Marianne va alors tout faire pour l'aider à réaliser son rêve, poussant son père à financer la carrière de William. Elle est persuadée que William l'aime et ne voit pas qu'il s'intéresse à Marguerite. Mais le destin va les séparer car William part au bout en Chine où il est porté disparu. Je rassure les réfractaires aux histoires d'amour l'ensemble n'est pas du tout pesant ni à l'eau de rose (dédicace spéciale à une blogueuse qui se reconnaîtra^^). Ce sont les émois du premier amour où les héros oscillent entre témérité et timidité.

En Chine, William a été drogué et dépouillé de toutes ses possessions. Il a manqué le départ de son bateau. Par un hasard digne de Dickens, il retrouve le capitaine O'Hara et embarque pour la Nouvelle-Zélande. Mais n'ayant pas fait les démarches pour expliquer le fait qu'il ne s'est pas présenté au départ du bateau, il est considéré comme déserteur par la Royal Navy. Il s'installe donc comme colon en Nouvelle-Zélande. Dix ans après son départ, il envoie une lettre pour expliquer au Le Patourel qu'il est vivant et qu'il demande en mariage la main d'une de leur fille.  Est-ce la décidée Marianne ou la douce Marguerite ? (Ne lisez pas la 4e de couverture qui vous révèle un rebondissement important, même si cela ne gâche quand même pas le livre).

Ce livre baigne dans une certaine atmosphère de spiritualité. Au départ, j'ai eu un peu peur que ce livre se cantonne à la religion chrétienne, mais ce n'est pas le cas. Même si la plupart des personnages croient en quelque chose, les croyances sont diverses : du missionnaire aux croyances des maoris en passant part le marin qui croit plutôt au dieu de la mer. De plus, certains pensent être liés même quand ils sont à l'autre bout du monde. Ce livre évoque aussi un questionnement intéressant sur le pays où l'on se sent chez soi : pur certains c'est l'endroit où ils se sentent libres, d'autres, la personne avec qui ils sont ou bien encore Le pays du Dauphin Vert endroit imaginaire où il arrive des histoires merveilleuses et où toutes les personnes qu'on aime sont réunies. Certains passages sont très poétiques.

Ce livre comprend aussi des personnages secondaires inoubliables comme le capitaine O'Hara avec son dentier et sa perruque, son franc-parler (Begarra !) et son coeur aussi grand que la mer qu'il parcourt. Il est accompagné du fidèle Nat, borgne, qui s'exprime dans son propre que langage mais que tout le monde réussit à comprendre. Il y a aussi Tai Haruru qui a vécu avec les Maoris et qui a choisi ensuite une vie de solitaire respectueuse de la nature et de toutes les populations. Sans oublier, Old Nick le perroquet qui a traversé le monde. Certains passages les concernant sont très émouvants.
L'auteur montre que la famille est aussi composée des membres que l'on choisit.

L'auteur évoque aussi la colonisation de la Nouvelle-Zélande à partir de 1840. Celle-ci est racontée sans manichéisme. Certains colons sont amis des maoris tandis que d'autres les considèrent comme inférieurs. De même, certains maoris prennent d'énormes risques face à leur communauté pour protéger certains colons, tandis que d'autres luttent à mort.

En quelques mots : Un livre qui m'a accompagné pendant plus de 3 semaines et je ne regrette pas du tout mon voyage. Malgré quelques digressions de l'auteure, je n'ai jamais trouvé le temps et j'ai savouré toutes les pages. Un coup de coeur !
Le billet de Praline







samedi 21 juin 2014

Angel d'Elizabeth Taylor

Avant-propos : Si j'ai eu quelques petites déceptions cette année au niveau de mes lectures, 2014 s’annonce quand même comme un très grand cru avec d'énormes coups de coeur. Et je ne vais pas essayer de ménager un faux suspense : Angel d'Elizabeth Taylor se classe dans cette catégorie.
Elizabeth Taylor est une auteure anglaise injustement méconnue. Bien évidemment, cela n'a pas dû l'aider d'écrire au même moment où une autre Elizabeth Taylor devenait une star internationale.
J'ai entendu parler d'elle au moment où le film éponyme de François Ozon  est sorti. Mais je n'avais pas vu le film au cinéma en 2007. Je ne l'ai vu que récemment, ce qui a déclenché mon avis de lire rapidement Angel (malheureusement épuisé que j'ai d'abord emprunté à la bibli et puis acheté d’occasion car je voulais absolument l'avoir).

Mon résumé : Le livre décrit l'ascension et la chute d'une auteure de romances populaires qui  rêve sa vie plutôt que de regarder la réalité en face.



Mon avis : J'ai toujours énormément de difficultés à faire un billet sur un livre que j'ai passionnément aimé et qui brasse beaucoup de thématiques très intéressantes, mais je vais essayer de vous évoquer ce qui m'a le plus séduite.
Tout d'abord, j'ai été fascinée par le personnage d'Angel. Je pense qu'elle peut  rebuter certains lecteurs car il faut le reconnaître, elle est totalement égocentrique et capricieuse. Mais j'ai aimé sa détermination. Elle est persuadée que son destin se réalisera et dans la première partie du livre, elle y arrive effectivement. Rien en semble pouvoir l'arrêter : elle devient une auteure de romans connus qui se vendent très bien, elle achète la maison qu'elle a toujours imaginer posséder un jour, elle épouse l'homme pour lequel elle a eu un coup de foudre au premier regard.
Pour elle, il n'existe qu'une seule version des événements : la sienne. Si on lui reproche quelque chose dans ses livres, c'est forcément qu'on la jalouse et non pas parce qu'elle a fait une erreur. Si ses livres se vendent moins bien, c'est parce que la maison d'édition ne fait pas correctement son travail... Et quand parfois, elle découvre la vérité, elle se ment pour pouvoir la supporter.
J'ai trouvé très touchant la façon dont elle idéalise l'amour : le fait qu'elle n'ait toujours imaginé dans ses livres que des amours platoniques et qu'au final quand elle se marie, elle n'apprécie pas les relations sexuelles ; qu'elle ait un coup de foudre pour Esme et qu'il dure toute sa vie malgré toutes les déceptions et les trahisons qu'elle ne voie pas; la façon dont les autres la protège justement par rapport à cet amour ; le mausolée qu'elle  construit qui semble aussi extravagant que celui de Victoria à Albert (qu'Angel avait auparavant admiré)...
Dans la deuxième partie, quand tout s'écroule autour d'elle, elle m'a touchée. Je n'arrive d'ailleurs pas à me décider si au final c'est mieux pour elle qu'elle vive dans son monde et s'illusionne parce qu'elle ne saisit pas ce qu'il se passe autour ou si c'est ce qui rend son destin encore plus cruel. Un peu des 2 sans doute.

J'ai trouvé très originale la façon dont Elizabeth Taylor a présenté ce personnage d'auteur. Elle s'est inspirée de la vie d'une auteure très célèbre à l'époque, Marie Corelli, qui est totalement oubliée aujourd'hui. Angel est une auteure inculte : elle n'a jamais beaucoup lu et ne s'intéresse pas du tout aux autres ouvrages. Elle se contente de son imagination (elle imagine par exemple Paradise House, sa future maison, sans y avoir jamais mis les pieds). Quand elle décide d'écrire un livre sur la Grèce antique, elle refuse de faire des recherches et invente tout, ce qui fait qu'elle est raillée par la critique. Elle se rendra plus tard là-haut et sera très déçue car le pays n'est au final pas à la hauteur de son imagination.

Les relations qui se nouent entre les personnages sont très intéressantes. Au départ, on aurait pu penser que tout le monde allait se plier aux volontés d'Angel (comme c'est le cas avec Theo ou Nora) mais en fait la tendance s'inverse et elle-même se retrouve sous la domination d'autres personnes (Esme, Marvell et même Nora à la fin).
Le personnage d'Esme est très complexe. Peintre raté qui se prend pour un artiste maudit, il ne se livre jamais vraiment. On ne sait pas s'il épouse Angel parce qu'il l'a aimé à un moment ou par simple opportunisme. Son destin est aussi très émouvant, surtout dans sa dernière partie, malgré l'antipathie qu'il a pu susciter auparavant.
Sa soeur, Nora est aussi un personnage intrigant. Elle va se mettre au service d'Angel et oublier de vivre. Esme dira même que Nora est amoureuse d'Angel.

Le contexte temporel est aussi important. Le livre s'étend sur plus de 40 ans. Le Royaume-Uni se retrouve engagé dans 2 guerres mondiales et elles auront des conséquences sur Angel, même si elle essaye évidemment de nier l’existence de celles-ci.
Paradise House est presque un personnage de l'histoire puisque la maison retranscrit l'évolution du personnage d'Angel.

En quelques mots : J'ai adoré ce livre de bout en bout. La complexité des personnages m'a séduite, leur destin m'a émue. Je compte bien poursuivre ma découverte de l'auteure !