lundi 28 avril 2014

Shakespeare, la biographie de Peter Ackroyd


Tout le monde sait que l’on connaît très peu d’éléments historiques sur Shakespeare. Peter Ackroyd a donc englobé un horizon beaucoup plus vaste et nous présente tout d’abord la vie d’un petit village du centre de l’Angleterre (Stratford-upon-Avon), pour passer ensuite au portrait de la vie théâtrale à Londres aux époques élisabéthaine et jacobéenne. Celui qui s’attend à une simple vie de Shakespeare sera sans doute déçu et noyé sous les faits corollaires. Ce n’est pas non plus une analyse textuelle. Si Ackroyd évoque bien évidemment les pièces et les replace dans leur contexte, il n’en fait pas une étude littéraire.
En clair, il vaut mieux ne pas être allergique à l’histoire si vous comptez lire cette biographie.

Mais, si vous voulez avoir une compréhension globale de la période, elle me semble être un incontournable. D’une érudition sans faille, je l’ai trouvée assez simple d’accès (je connais toutefois bien la période historique concernée).

Elle a le léger défaut des biographies anglaises : l’intervention de l’auteur dans ce qu’il écrit. J’ai plutôt apprécié ce fait quand il nous donne les différentes hypothèses autour d’une problématique (par exemple sur la question de la religion de Shakespeare, l’auteur nous présente les arguments des défenseurs de l’hypothèse catholique, même s’il ne semble pas convaincu par celle-ci). Par contre, j’aime un peu moins quand l’auteur prend position sur sa conviction intime. Par exemple, Peter Ackroyd est convaincu que les premières versions des pièces que l’on a trouvées et qui datent des Lost Years ont été écrites par Shakespeare et qu’il les a ensuite lui-même remaniées. Même s’il m’a convaincu, j’aurais aimé qu’il soit un peu moins catégorique et qu’il présente davantage les autres hypothèses comme il le fait sur la plus grande majorité des sujets.

Autre petit reproche, l’auteur répète certains éléments à plusieurs reprises. Mais, c’est sans doute parce que la biographie n’a pas pour vocation d’être lue d’une traite comme je l’ai fait. Ces répétitions sont nécessaires car elle est conçue pour qu’on en relise certains passages.
Dernière chose qui n’est pas du fait de l’auteur, le texte est parsemé de coquilles, de fautes d’orthographe et même de fautes de sens (confusion entre Samuel Johnson et Ben Jonson, qui n’aurait pas dû être, vu la tournure de la phrase).

Mais, à part ces légers défauts, le nombre d’éléments que j’ai appris grâce à ce livre est faramineux.
Je ne vais pas tous les lister (j’ai pris quatre pages de notes sur l’ordi et je n’ai noté que le minimum), je vais tout simplement souligner les aspects qui m’ont le plus plu.
Dans la partie sur Stratford-upon-Avon, j’ai adoré être plongée en immersion dans la vie de cette petite ville à l’époque de Shakespeare, apprenant même jusque aux noms de ses voisins. On y découvre les problèmes liés aux terres et aux habitations, les fonctions politiques (puisque le père de Shakespeare est un élu de la ville), les règles religieuses (puisque on fait la chasse aux catholiques, en particulier ceux qui n’assistent pas aux offices, comme c’est le cas du père de Shakespeare), les principes d’éducation et ceux des alliances matrimoniales.

Dans la partie londonienne, j’ai adoré suivre la vie des théâtres. On assiste à la construction (voire à la destruction) du Theatre, du Curtain, du Rose et du Globe. On suit les remaniements des troupes de théâtre. On découvre dans les plus grands acteurs de l’époque (Richard Burbage,  Edward Alleyn, Will Kempe). On entre dans la vie d’une troupe : les fermetures des théâtres, les tournées, le rythme infernal (ils jouent des pièces différentes pendant la même semaine). Les autres grands auteurs élisabéthains sont évoqués : Christopher Marlowe, Thomas Kyd, Ben Jonson… C’est le début de la reconnaissance des auteurs en tant que tels (auparavant ils étaient vus comme de simples scrivaillons au service d’une troupe). C’est aussi l’essor des théâtres publics (ce qui ne s’oppose pas complètement aux théâtres privés puisqu’à la fin la troupe des Comédiens du Roi à laquelle appartient Shakespeare investira dans un théâtre privé à Blackfriars, en plus du Globe).

On comprend comment le théâtre était interprété à l’époque avec son jeu outrancier, ses effets comiques appuyés, ses chansons, ses masques et ses gigues terminant chaque pièce. Paradoxalement, ce théâtre que j’aime tant ne m’aurait peut-être pas plu si je l’avais vu joué à l’époque (par exemple Iago était joué par le comique de la troupe !).

Peter Ackroyd replace les événements dans le contexte général. Par exemple, la fameuse tentative de soulèvement du comte d’Essex ou bien encore la conspiration des poudres avec Guy Fawkes et Robert Catesby (que je ne plaçais pas du tout là - Remember, remember the Fifth of November !)

Au final, quel portrait de Shakespeare se dessine ?
Celui d’un personnage pragmatique avant tout. Il s’inspire de ce qui fonctionne pour écrire des pièces (voire même il recopie certains passages). Si c’est la mode des pièces historiques, il écrit des pièces historiques, si c’est celle des comédies, il écrit des comédies… C’est un grand lecteur qui trouve l’inspiration dans les auteurs classiques (Ovide) mais aussi dans les chroniques historiques comme celle d’Holinshed. Il sait plus que tout s’imprégner des sujets qui lui plaisent et leur apposer sa marque.
Il est aussi pragmatique en affaires et investit énormément dont les terres et les maisons. Il est très fidèle en amitié, puisque il restera quasiment tout le temps avec le même groupe d’acteurs et certains apparaîtront sur son testament.


En quelques mots : C’est un ouvrage à lire absolument pour tout passionné de Shakespeare et de la période élisabéthaine. Je compte d’ailleurs en relire certains passages ultérieurement. 


20 commentaires:

  1. J'aime lorsque les biographies intègrent la vie de la personne concernée à son environnement, son histoire, sa culture. Cela permet d'avoir une autre dimension, plus vaste et plus constructive. Bon, je ne suis pas fan de Shakespeare et je ne sais pas, du coup, si j'irai me plonger dans cette biographie en particulier du coup, mais je peux comprendre ton attrait pour celle-ci.
    C'est chouette de découvrir les marottes de nos ami(e)s bloggeur(se)s car cela ouvre tout un champ de connaissances sur lesquelles on ne se serait pas penché sinon :)

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    1. Oui c'est exactement cela ! Il faut dire qu'il n'a pas trop le choix vu le peu qu'on connaît de Shakespeare :p
      En parlant de marotte des copines, j'ai acheté Le quatuor à cordes de Virgnia Woolf en Folio 2€ et l'héroïne s'appelle Lily ce à quoi j'ai vu un signe ^^

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  2. Je te conseille la biographie de Shakespeare par Stephen Greenblatt. Il reprend les éléments historiques à travers le prisme des pièces et des textes. C'est aussi passionnant. Si tu veux lire un autre texte sur le barde. :-)
    Par contre c'est dommage qu'elle soit bourrée de faute, ça gâche un texte ça. En tout cas merci pour l'article!

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    1. Je l'avais repérée, mais elle n'est pas traduite, donc j'avais un peu la flemme de la lire. Mais ce que tu écris me tente...
      Oui c'est pénible, surtout que quand je lis, je n'essaye pas de repérer les fautes. Donc quand j'en vois plusieurs, c'est qu'il y en a beaucoup qui m'ont échappé ! Et le Samuel Johnson / Ben Jonson m'a bien énervé car franchement on ne pouvait avoir aucun doute. C'est quand même paru chez Points Seuil !

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  3. Je l'ai noté et dès que j'ai le temps je me plonge dedans ! J'aime beaucoup lorsque ces auteurs parlent du théâtre élisabéthains et avoir des éléments sur le jeu des acteurs, les conditions d'écriture et comme je suis allée à Stratford, ça me rappelle toujours de bons souvenirs lorsqu'on parle de Shakespeare !!!!

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    1. Ah la la quelle chance d'être allée à Stradford ! J'en rêve. J'espère d'ailleurs y aller soit cet été, soit celui d'après ;-) Il y a vraiment beaucoup d'éléments sur le théâtre élisabéthains, cela devrait te plaire !

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  4. J'avais repéré les mêmes défauts, notamment les répétitions dans sa biographie de Poe. J'ai préféré sa bio romancée de Schliemann, le fouilleur de Troie.

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    1. Celle sur Schliemann me tente depuis longtemps, je l'avais empruntée, mais je n'avais pas eu le temps de la lire. Je me rattraperai !

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  5. Je l'ai acheté il y a peu mais pas encore lu...il me faut trouver le temps...

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    1. Elle est assez impressionnante en taille, mais je l'ai dévorée (j'étais quand même en vacances).

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  6. J'adore les biographies et bien que je sois très tentée par celle-ci (le sujet + ton avis), j'ai peur des 700 pages ... j'ai peur de me heurter à une trop grande érudition sur une période que je ne connais presque pas ... D'autant plus que je n'ai jamais lu cet auteur (même si j'ai été attirée par La Chute de Troie et aussi son histoire de Londres ...)

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    1. C'est vrai que je connais bien cette période donc je n'ai pas ce souci. Effectivement, je pense qu'il faut peut-être commencer "plus petit". Je ne peux pas t'en conseiller pour l'instant car je n'en ai encore pas lu d'autres.

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  7. Réponses
    1. Je pense que tu ne seras pas déçue !

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  8. Comme toi, j'ai beaucoup aimé cette non-biographie très intéressante pour connaître la société et le théâtre de cette époque. J'ai bien aimé pourtant que l'auteur intervienne et qu'il dise combien il trouve stérile toutes ces discussions sur l'existence de Shakespeare ou plutôt sur le fait qu'il soit l'auteur de ses pièces! Il démonte toutes ces assertions qui finalement ne sont jamais entièrement convaincantes et pour cause! Merci pour ce lien vers le challenge Shakespeare!

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    1. C'est sur que je préfère cela à des théories rocambolesques. Quoique cela m'intéresserai d'en lire une, pour voir un peu ce que ça donne !

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  9. Ackroyd réussit toujours à parler loooongtemps! Mais c'est quand même dommage, toutes ces coquilles dans un tel ouvrage...

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    1. Mais il ne parle pas pour ne rien dire alors je lui pardonne ^^ Je pense qu'il va bientôt falloir relver les ouvrages sans coquilles, ce sera plus simple...

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  10. Je note la référence. Je souhaiterais mieux connaître cet auteur et ton billet donne très envie de se plonger dans cette biographie.

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    1. Avec celle-ci tu vas le connaître sous toutes ses coutures ^^

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