dimanche 2 février 2014

Saratoga Woods d'Elizabeth George (The edge of Nowhere, Tome 1)

Avant-propos Ce billet a participé au concours de critiques odieuses organisé par Mina (et l'a remporté). 

Elizabeth George est l’auteur des formidables aventures de Thomas Lindley et Barbara Havers dont chaque tome est un sommet de finesse psychologique et qui sont tous écrits dans un style fin et délicat. J’étais donc très enthousiaste à l’idée de découvrir sa nouvelle série dans un genre différent : le « young adult » à tel point que je guettais la disponibilité du titre dans le réseau de bibliothèques et que j’ai traversé la moitié de la ville pour aller le chercher. J’aurais mieux fait de rester chez moi car visiblement l’auteur n’a plus d’argent/ d’inspiration / ne relit plus ses livres /a laissé un autre écrire à sa place… Sinon comment expliquer le très médiocre Saratoga Woods ?

Attention, si vous n’avez pas lu le livre,  je dévoile d’énormes spoilers vu qu’en fait le résumé du livre est en lui-même une critique odieuse tellement l’ensemble est incohérent.

La jeune Hannah Armstrong a un don particulier : elle peut entendre les pensées des personnes qui sont à côté d’elle. Elle vit avec son méchant beau-père qui est un trafiquant de drogue (d’après ce que j’ai compris) et elle découvre qu’il a fait assassiner quelqu’un. Sa mère et elle choisissent donc la solution la plus simple : changer d’identité et partir se cacher chez une amie dans l’Etat de Washington (celui où se passe Twilight pour vous situer. Et Grey’s Anatomy. Et les romances Friday Harbour, Lucky Harbor et Cedar Cove. En fait, il y a plus de personnages fictifs dans cet Etat que d’habitants). On les retrouve quelques jours plus tard sans avoir aucune idée de la façon dont elles se sont échappées avec effectivement une nouvelle identité : Hannah est devenue Beccassine King.

Sa mère lui annonce qu’en fait elle va à aller seule chez son amie sur l’île de Whitbey et lui donne un téléphone portable avec un numéro qu’elle ne doit utiliser qu’en cas d’extrême urgence et donc pas pour papoter avec maman, ni avec ses amis parce que son beau-père pourrait retrouver leur trace (visiblement il bossait à la NSA avec Snowden). Jusque-là tout est un peu près crédible (à part évidemment le trafic de drogue, la fuite, le changement d’identité et l’abandon de la mère). Comment réagit Becca (14 ou 16 ans, j’ai oublié) ? Elle panique, se demande où va sa mère, lui reproche de l’abandonner, a peur ? Rien de tout cela. Elle accepte gentiment d’aller chez une quasi inconnue toute seule.  En plus, en une traversée de ferry, Becca arrive à se faire une ennemie mortelle et à flasher sur un jeune homme. Évidemment, l’amie de sa mère n’est pas présente à la descente du ferry.

Qu’à cela ne tienne, Becca décide de se rendre à l’adresse à pied quand bien même elle n’a pas de plan. Le problème est qu’il y a d’énormes côtes à monter sur l’île (la description des côtes est essentielle, elle prend à peu près la moitié du roman, elle va même les faire à vélo. Elle ne s’appelait pas Armstrong dans son autre vie pour rien). Sur le chemin, une brave dame la prend en pitié et l’emmène vers sa destination. À son arrivée c’est le drame, l’amie de sa mère est morte. Mais Becca refuse d’aller voir le mari car il n’était pas au courant de sa venue. On suppose donc que les rapports étaient extrêmement cordiaux dans ce couple puisqu’ils ne se parlaient pas et on pourrait même croire que c’est lui qui l’a tué et qu’il va y avoir une enquête, mais en fait on n’entendra plus jamais parler de lui. Que fait donc Becca ? Elle panique, pleure crie ? Que nenni ! Elle repart donc dans l’autre sens jusqu’au centre-ville où le gentil vendeur du magasin local (Seth) lui conseille d’aller au motel du coin.

Elle arrive donc au motel.  Que fait la gérante ? Elle lui demande ce qu’elle fait seule, comment elle va faire pour payer la chambre, prévient la police qu’une mineure a fait une fugue ? Pas du tout. La gérante ne lui pose aucune question et lui propose une chambre en échange de menus travaux.  Elle va même faire toutes les démarches pour que Becca aille à  l’école et visiblement aux États-Unis on n’a pas besoin de papiers d’identité pour s’inscrire au lycée. La seule chose que lui interdit la gérante  est de fréquenter Seth (qui est quand même celui qui lui a conseillé d’aller au motel) car ouh  la la c’est un forcément un drogué puisqu’il a les cheveux longs et une boucle d’oreille. En fait, il y a un gros secret derrière son animosité : (spoiler) c’est le frère du dealer qui a vendu de la drogue à sa fille. Celle-ci a eu un accident et la gérante est devenue alcoolique.

Becca va au lycée où elle rencontre officiellement Derric (pas celui de la série TV, le jeune homme qu’elle avait aperçu dans le ferry) qui est décrit d’une façon qui semble dater des années 50 « The boy was black, deeply black, and the pure midnight of his skin made the policeman with him look white beyond white. » (je l’ai lu en français, mais je n’ai trouvé la citation qu’en anglais).  Pour la finesse de la description, on  repassera. Évidemment Derric est le seul noir de l’île, il a été adopté par un couple en Afrique, enfin adopté, c’est vite dit : ils l’ont ramené avec eux en revenant de voyage (ça doit être légal, son père est policier). Derric semble s’intéresser à Becca qui passe son temps avec Seth qui s’intéresse à Hailey et on sent venir le triangle amoureux voire même le quadrangle mais en fait pas du tout. Voilà que Derric tombe dans les bois et se retrouve dans le coma. Sachant que c’est un athlète averti personne ne croit à l’accident. Qui a bien pu le pousser ? Les suspects sont nombreux car visiblement toute la ville s’était donné  rendez-vous dans les bois à ce moment-là, en particulier les drogués (tous les jeunes) qui évidemment sont racistes. Becca aussi était là et a même laissé son téléphone portable sur le lieu du crime (je me souviens qu’elle le cache, mais je ne sais plus pourquoi, ce n’est pas comme si ce qu’elle faisait avait un sens). Mais ensuite elle regrette et a peur qu’on le retrouve et qu’on découvre son identité secrète. Que va-t-elle faire ? Révéler son secret et demander de l’aide à la seule adulte qui l’a aidé depuis le début ? Raté. Elle va s’enfuir du motel sans explication et aller se cacher dans un vieil immeuble abandonné. L’enquête se poursuit, Becca se cache, j’ai un peu oublié ce qu’il se passait, surtout parce qu’il ne se passait pas grand-chose. Bref, Derric va sortir de son coma et on va découvrir le coupable de l’accident : (attention gros spoiler) c’est le chien de Seth qui l’a poussé ! Ca pourrait être une surprise mais même pas, parce qu’on nous a répété tout au long du livre que Seth devrait dresser son chien, qu’il allait avoir un accident. Becca retourne au motel. Et qui c’est qui arrive ? Le beau-père qui a retrouvé sa trace. Et voilà fin. On ne sait pas comment, ni pourquoi, ni ce qu’est devenu la mère. Tout ça il faudra le découvrir dans le tome 2 (déjà sorti). Ou pas.


Pour la petite histoire, Elizabeth George vit sur l’île de Whidbey (bizarrement orthographié Whitbey en VF), ce qui explique sans doute cette volonté d’exorciser le traumatisme qu’elle éprouve quotidiennement à devoir monter les côtes de l’île. Mais, elle aurait pu éviter de le décrire 20 fois dans le livre.  Et franchement, elle ne donne pas envie d’y aller, vu le manque d’ouverture d’esprit de la communauté et les dangers que font courir les chiens. 

24 commentaires:

  1. Ta chronique m'a bien fait rire ! Moralité : il ne faut pas habiter sur île pentue. Ça donne de mauvaises idées :))

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  2. Je l'ai lu aussi (j'aime bien E. Georges en général). Ce fut un long calvaire ... peut-être que j'aurai du en écrire quelques lignes sur mon blog, ça t'aurait évité ce désagrément (d'un autre côté, ton billet est rigolo).
    Mais c'est notre faute aussi : n'est pas auteur de jeunesse qui veut !

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    1. Je l'ai lu il y a un bout de temps (en septembre ou octobre).
      Je reste intimement persuadée que ce n'est pas elle qui l'a écrit ou alors c'est un brouillon qu'elle n'a pas relu, ce n'est pas possible, tellement c'est maladroit :p Le pire, c'est quand même que ce soit une série ^^

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    2. Tu crois ? (naïvement, je ne l'avais même pas envisagé ...)
      J'ai plutôt une théorie sur les auteurs à succès qui pensent qu'écrire pour la jeunesse c'est forcément facile et qu'il suffit de ne pas trop se prendre la tête (une intrigue simpliste, des protagonistes pas crédibles car surdoués ou bécasses ...). Et surtout, c'est très très vendeur (il suffit de voir comment Becca King a été relayé par la presse lors de sa sortie !)
      J'avais déjà fait le même constat avec la série Théodore Boone de J. Grisham (enfin, c'est 'moins pire' quand même !)

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    3. Oui c'est vrai c'est une bonne théorie aussi ! Et c'est vrai que c'est très à la mode. Harlan Coben aussi a fait çà. J'avais noté Theodore Boone dans ma LAL, je crois que je vais faire une croix dessus, il y a tellement d'autres livres à lire que ceux-là !

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    4. Selon moi, tu peux faire une croix sur le Grisham sans hésitation. Le Harlan Coben est bien en revanche (enfin, si tu apprécies déjà l'auteur habituellement comme c'est mon cas).

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    5. J'aime beaucoup sa série Myron Bolitar mais je n'en suis qu'au 6 il faut que je la termine avant de passer à la suite !

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  3. J'aime ta chronique bourrée d'humour, facétieuse et intelligente. Je t'embrasse et te félicite pour ce prix !

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    1. Merci pour ces gentils compliments :-) Bisous !

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  4. Je n'ai pas énormément lu cette auteure mais elle paraissait être une valeur sûre. Ta critique m'a amusée en tout cas.


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    1. Merci !
      J'adore Elizabeth George dans sa série policière Havers et Lindley. Je te la conseille fortement. Mais pour celui-ci, tu peux effectivement passer ton tour.

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  5. Merci pour cette magnifique critique, j'ai bien ri! J'ai beaucoup aimé les petits détails ("elle ne s'appelait pas Armstrong pour rien dans une autre vie", ou" En fait, il y a plus de personnages fictifs dans cet Etat que d’habitants"). Je ne connaissais pas cette auteure et ne lirai donc jamais ce roman-là. Tu devrais vraiment écrire plus de critiques négatives, elles sont hilarantes. Mais j'imagine qu'il faut que le bouquin soit particulièrement mauvais pour t'inspirer plus que de la déception.

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    1. De rien ;-)
      Le pire, c'est que j'ai lu ou vu à la TV toutes les livres dont je parle ! J'aime bien ma blague sur Derric aussi ;-)
      Effectivement, il faut la matière et ce n'est pas tous les jours que je lis un bon navet (encore heureux). Et puis, il faut laisser du temps pour prendre du recul, je l'ai lu en novembre et je l'ai écrit en janvier. Pas de chance ce mois-ci je n'ai lu presque que des livres qui m'ont plu !

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  6. "En fait, il y a plus de personnages fictifs dans cet Etat que d’habitants"

    Mouhahaha, excellent :)

    Sinon je n'ai absolument rien compris à ce qui se passe dans ce livre ! Il est dans ma wish-list mais là je crois que je vais faire l'impasse :)

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    1. Ca me fait penser que j'ai oublié l'interminable série Grey's Anatomy.
      C'est un peu normal que tu n'aies rien compris, moi-même, ayant lu le livre, je n'ai pas tout capté non plus. Effectivement, il y a bien d'autres livres à lire avant celui-là !

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  7. Bon, mon com est parti dans les limbes ? Je disais donc bravo pour ton billet qui m'a bien fait rire, même s'il ne m'a donné envie de lire le roman ;-)

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    1. Je suis désolée pour ton com, j'ai vérifié, il n'est pas passé dans les spams, il s'est effectivement volatilisé :(
      Merci de l'avoir retapé !

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  8. Moi aussi, j'aime beaucoup E. George, j'ai d'ailleurs 5 ou 6 polars qui m'attendent ! Et je ne rajouterai pas celui-là ! :-) PS : très drôle comme concours !

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    1. Moi aussi j'en ai un certain nombre d'autres qui m'attendent. J'espère qu'ils me permettront d'effacer cette mauvaise impression !

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  9. je n'ai pas lu grand chose de cette auteure, il faudrait que je m'y plonge un peu plus!

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    1. Oui parce que ses autres livres sont vraiment des réussites !

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  10. Merci pour le fou rire en tout cas!

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